mercredi 22 mars 2017

HISTOIRE DE LA PSYCHOPATHOLOGIE EN LIEN AVEC LA RELIGION : DIVAN ET DIVIN

 Les grandes pathologies reconnues de nos jours ont, pour la plupart d'entre elles, été rattachées à la religion à un moment donné de l'histoire.
   La mélancolie relevait par exemple du châtiment divin, la bile noire étant utilisée par le démon pour troubler l'âme.
   Certains auteurs se sont par ailleurs demandés si la transe hypnotique était une forme de possession démoniaque ; faisant ici référence à un processus satanique d'invasion du corps et de l'âme du sujet par un agent exogène malfaisant, le diable.
   L'hystérie était considérée comme la possession passive, inconsciente et féminine du corps de la femme séduite par le diable. Les insensibilités du corps de l'hystérique étaient une des marques - avec les lésions de couleur rouge - que Satan laissait à celles qui pactisaient avec lui. Le corps ne sachant mentir, la malheureuse était rasée. A contrario, la névrose obsessionnelle renvoyait quant à elle à une version de possession active et masculine, le sujet étant torturé par un diable intérieur dont il tenterait de se défaire par des rituels comparables à une religion. L'obsession est considérée par l'Eglise catholique comme une épreuve que Dieu soumet à l'homme doublée par la marque imposée par Satan - tentation, obsession, possession -.
   A un historique général concernant les liens entre religion et pathologie, succèdera un point plus spécifique de ce couplage en psychanalyse.



De la préhistoire à l'Antiquité :

Durant cette période, la « médecine » relevait de la magie du sorcier, du guérisseur ou du chaman. Les historiens supposent que le « fou » relevait de cette médecine et qu'il était soumis aux mêmes procédés que les autres malades, faisant ici référence aux méthodes telles que les incantations.
En parallèle, les prêtres prenaient eux aussi en charge les « fous ». Ils recouraient aux plantes et surtout aux Dieux et aux incantations. L'aide demandée aux Dieux permettait de combattre le démon, supposé responsable de la maladie.
Le rêve y occupait une place importante, étant considéré comme une révélation des forces supérieures qui pouvaient donner la clé d'une thérapeutique. Ce chemin offrait ainsi une voie de communication avec les esprits.
Concernant la civilisation hébraïque, la conception monothéiste prime. Celle-ci exclut le culte des dieux mais aussi les croyances magiques qui sont exprimées par les devins et les sorciers. Dans cette veine va prévaloir le sentiment de culpabilité. Autrement dit, les péchés entraînent une punition, la maladie en étant une. pensée de l'insensé, du dit « fou » serait ainsi péché. C'est pourquoi les maladies étaient traitées par des prophètes considérés comme des prêtres guérisseurs. D'autres remèdes existaient mais la cure par la prière prévalait nettement.
Durant l'Antiquité, Hippocrate et Galien, deux grands médecins et théoriciens, s'intéressèrent aux manifestations de la folie en leur donnant une étiologie organique et en rejetant les approches divines et sacrées citées précédemment.




Moyen-Age : 

Les dix siècles du Moyen-Age sont marqués par l'horreur des épidémies et des guerres. Tous ces désastres ont renforcé la recherche d'une aide, d'un réconfort dans le christianisme. C'est pourquoi la maladie mentale va se rattacher au domaine de la foi, la guérison de la folie devenant le champ privilégié des Saints. Des guérisons étaient dites miraculeuses, on soignait dans les églises, de grands rituels avaient lieu... ces traitements pouvant être complétés par des exorcismes.
A l'inverse, la médecine se plaçait du coté du « rationnel » et cherchait notamment à comprendre les états de folie en s'étayant sur la philosophie.




Suite au Moyen-Age : du XVème au XXème siècles.

Dés la fin du Moyen Age, l'essor de la démonologie se traduit par la conviction que des forces maléfiques invisibles sont à l'oeuvre dans toutes les sphères de l'existence : vie et mort, santé et maladie, raison et folie. Cet envahissement démoniaque se traduit par une échelle d'interventions : la tentation du désir prohibé, l'obsession - le démon assiège et tourmente le corps et l'âme de sa victime -, la possession...

Après des siècles de peur du diabolique et de chasses aux sorcières, la fin du XVIIIème siècle - ouverture au temps des Lumières et de la philosophie rationaliste - marque le déclin de la croyance au pouvoir de Satan et la victoire de l'idée de l'origine naturelle des maux qui frappent les sociétés humaines.
Après la Révolution française, la médecine aliéniste se constituera à partir d'un héritage judéo-chrétien tout en revendiquant une approche « laïque », dégagée des influences surnaturelles. Philippe Pinel prendra certes appui sur la « charité chrétienne » mais la logique scientifique et l'abord idéologique marqueront majoritairement le traitement moral.

Au XIXème siècle, la religion est aussi perçue comme facteur pathogène de la folie mais sur le versant des pratiques excessives : fanatisme religieux comme cause de suicide selon Falret, mysticité et superstition... En outre, la religion catholique est encouragée par de nombreux aliénistes comme thérapeutique de la folie ayant pour vertu de consoler. Le personnel religieux se devait néanmoins de reconnaître l'autorité du médecin au sein des asiles. Ce n'est que dans les années 1870, que Bourneville politisera son projet d'une formation d'infirmiers laïcs censés remplacer le personnel religieux.

Au XXème siècle, divers syndromes sont formalisés tels les « influencés relatifs à la possession spirituelle », le « syndrome de dépossession », mais aussi des travaux sur les hallucinations mystiques, des rapprochements entre religion et mystique. Un dessin réalisé par Paul Richer, illustre une attaque tétanique qui revêt la forme de crucifiement, comparant la femme hystérique au Christ : immobilité absolue, corps en rigidité complète durant quelques heures, avant la « descente de la croix ».




     ➔ Et pour Sigmund Freud ? 

C'est par le biais de la pathologie que la mystique revint sur le devant de la scène, à la fin du XIXème siècle, notamment à travers les travaux de Charcot sur l'hystérie. Freud qui en avait été témoin ne s'intéressait guère à la mystique, à la différence de Jung. Cela dit, la religion garde une place considérable dans l'oeuvre freudienne.
Le thème de la religion est très présent dans les écrits freudiens malgré son athéisme. 

En 1907, il assimile la religion à une névrose obsessionnelle dans « Actes obsédants et exercices religieux ». cet article, Freud met au jour les « processus psychiques de la vie religieuse » en établissant un parallèle entre le croyant témoignant de sa piété, et les actions compulsionnelles des névrosés. Ces dernières, issues d'un cérémonial névrotique, sont comparées aux actions sacrées du rite religieux. 

Freud marque tout de même quelques nuances et accorde une plus grande diversité individuelle des actions cérémonielles chez les névrosés obsessionnels, stigmatisant a contrario la stéréotypie du rite religieux – prières –. Il distingue par ailleurs le caractère privé de cette névrose du caractère public et communautaire de l'exercice religieux, la névrose obsessionnelle fournissant ainsi « la caricature mi-comique mi-tragique d'une religion privée ».
Il en conclut que « l'on pourrait se risquer à concevoir la névrose obsessionnelle comme le pendant pathologique de la formation religieuse, à caractériser la névrose comme une religiosité individuelle et la religion comme une névrose obsessionnelle universelle ». 


Plus tard, en 1913, dans Totem et tabou, Freud identifie au sujet des névroses, des « concordances » avec les grandes productions sociales que sont l'art, la religion, et la philosophie, tout en les qualifiant de « distorsions » : « on pourrait se risquer à dire qu'une hystérie est une image distordue d'une création artistique, une névrose de compulsion celle d'une religion, un délire paranoïaque celle d'un système religieux ». 

En 1926, dans Inhibition, symptôme et angoisse, Freud rend compte à travers sa seconde topique de la tyrannie d'un surmoi féroce. Selon Elisabeth Roudinesco, cet enfer n'est rien d'autre que la version pathologique d'un système institutionnel patriarcal et judéo-chrétien, que Freud tenta d'illustrer, entre structure névrotique obsessionnelle et religions, réflexion qu'il prolongea jusqu'à L'Homme Moise et la religion monothéiste (1939).


Freud rédigea, puis publia en 1923 un article intitulé « Une névrose diabolique au XVIIème siècle ». Il y étudia en détail le cas d'un homme, saisi de convulsions, huit ans après avoir signé un pacte avec le diable, puis guéri grâce à l'exorcisme. Freud montre que le diable était pour le peintre un substitut du père. L'auteur oppose dans cet article les bienfaits de la psychanalyse aux pratiques religieuses et occultes des temps anciens.
Les idées religieuses constituent la réalisation des souhaits les plus anciens de l'humanité, et d'abord celui d'être protégé de la toute-puissance de la nature. Il ne peut s'agir pour Freud que d'une illusion. Puisque la religion est comparable à une névrose infantile, le psychanalyste, conclut Freud, peut laisser libre cours à son optimisme en supposant que, comme l'enfant, l'humanité parviendra à surmonter cette phase névrotique.



Plus globalement en psychanalyse :

Plusieurs concepts psychanalytiques font en fait écho au sentiment religieux : sublimation, illusion, principe de Nirvana, sentiment océanique, Nom du Père, synthome à entendre Saint Homme...

Dans la théorie psychodynamique de Moreno, le syndrome de Dieu occupe la place centrale dans le psychisme humain. Contestant le complexe d'Oedipe freudien, Moreno voit dans l'homme un créateur privilégié sur la scène du monde ou dans une étrange terminologie fort hétérodoxe, un « co-dieu », un co-créateur qui est plus qu'un être psychologique, social et culturel. Il s'agirait d'un être de créativité mû par la volonté de créer. Le drame de l'existence humaine serait le refoulement de cette puissance créatrice et spontanée. Le trouble psychique serait alors l'expression de l'échec, de la frustration et du refoulement du syndrome de Dieu.

La névrose du Christ est un trouble de la vie psychique caractérisée par l'imitation par un sujet pervers de la personnalité et du rôle du Christ et partant, de l'archétype du Sauveur suprême et parfait de l'humanité. Elle a été introduite par le psychanalyste Stekel en 1922.



En guise de conclusion : 

A la fin du XXème siècle, la psychiatrie combine au moins trois modèles : les approches des neurosciences, les Thérapies Cognitives et Comportementales dites TCC, et la psychanalyse. 
Le psychanalyste Ehrenwald élabora un tableau censé rendre compte d'une évolution diachronique en quatre étapes : magie primitive, mesmérisme, psychiatrie préfreudienne, psychanalyse. Selon lui, à mesure du franchissement des diverses étapes, les « éléments magiques » s'estompent quasi-totalement au profit des « éléments scientifiques ». Qu'en pensez-vous ?

lundi 19 décembre 2016

Notes de lecture Lacan séminaire III

Dans ce séminaire, Lacan travaille la question de la structure psychotique, et l'explique principalement à travers les notions de langage, de signifiant et de signifié. Pour cela, il s'inspire du cas Schreber qui fut déjà travaillé par Sigmund Freud dans un premier temps.


Symbolique, réel et imaginaire :
L'imaginaire est repris par le symbolique, celui-ci étant une structure organisée. De quelle manière le symbolique reprend t'il l'imaginaire ? A la page 18, Lacan fait une différenciation en fonction des rapports que supposent ces différents registres :

  • Symbolique => tout élément vaut comme opposé, rapport d'opposition (ex : le rouge dans un jeu de cartes est opposé au noir dans un système organisé).
  • Imaginaire (ou réel) => rapport en plus ou moins, en seuils, en continuité (ex pour l'imaginaire : le rouge représente une image, elle peut par exemple être celle de la colère ou de l'hostilité mais le rouge peut aussi représenter l'érotisme ).


La réalité n'est pas la réalité extérieure (p.56).

Le monde du symbole, le symbolique, suppose toujours une règle, une loi. Cette loi chez le névrosé est la loi oedipienne. Le symbolique existe comme tel. On y est directement immergés (p.94). L'ordre symbolique ne dépend pas du sujet, elle se situe hors du sujet en le déterminant (p.111). L'apparition du signifiant est de la même manière primitive (p.170), avant l'apparition du sujet.
  • → Le nom du père : Pour qu'il puisse y avoir une harmonie du deux, il faut un troisième terme. C'est le père dans le sens de l'ordre de la parole. 
  • → Même si le signifiant est déjà là, avant le sujet, il n'a aucune valeur si le sujet ne l'introduit pas dans son histoire. (p.177)

Le symbolique permet de saisir le système du monde. Grâce aux mots et au fait de nommer, l'homme connait des choses. (p.199) C'est ce qui nous permet de nous repérer et de nous situer.

Le signifié est du côté de l'imaginaire : c'est toujours une signification qui s'évanouit et qui dépend de notre subjectivité, de ce qui nous occupe. 
Le signifiant est quant à lui à placer du côté du symbolique (p.65).



Verdichtung, Verdrangung, Verneinung, Verwerfung : 
  • Verdichtung : loi du malentendu. Ex : je peux être un femme masculine. 
  • Verdrangung : le refoulement. Le refoulement apparaît quand ça ne colle pas au niveau symbolique. Lorsque la loi symbolique est inacceptable, il y a refoulement (« comporte un sacrifice qui s'avère intolérable sur le plan des significations »p.97). Mais la chaîne symbolique continue à se faire savoir, c'est à dire que ce qui est refoulé est toujours là mais se cache derrière les symptômes, les actes manqués etc. Lacan dit que la loi symbolique suppose que l'on rende ce qu'on a reçu à un moment ou un autre, et que c'est parfois inacceptable d'où le refoulement (p.97).
  • Verneinung : relève du discours. C'est le principe de réalité qui met en avant la valeur d'existence. La réalité comporte une condition primordiale : « le sujet est à la recherche de l'objet de son désir mais rien ne l'y conduit ». L'objet ne peut être retrouvé. C'est la chose (=das ding) ? C'est ce qui fait que la personne cherche toujours à satisfaire le premier lien maternel (répétition de modes de relations où cet objectif est toujours la quête primordiale). Le fait de ne jamais retrouver l'objet c'est le principe de réalité. Il n'y a que de la substitution. La verneinung permet de constituer la conscience (dans le sens où ça disparaît au moment où ça apparaît contrairement à la mémoire), et l'ego ? (p.175) 
  • Verwerfung : rejet d'un signifiant majeur qui va manquer. Exclusion de quelque chose à l'intérieur même du sujet qui ne relève pas du corps mais du corps signifiant (p.171).      → Le principe de réalité passe par le jugement d'existence : « je peux dire que le mac sur lequel j'écris est un objet et pas une hallucination ». Le jugement d'attribution lui permet de distinguer ce qui est bon ou ce qui est mauvais. En rejetant un signifiant primordial, le paranoïaque le juge t'il mauvais ? (p.171).



Psychose et névrose :
L'inconscient se trouve en surface chez le psychotique (p.20). Le psychotique ne sait pas que c'est son inconscient qui parle. Ce n'est pas parce que l'inconscient est là, dans le réel, qu'il le comprend. Il est « non assumé » (p.20) par la personne psychotique. Ce qui est refusé dans l'ordre symbolique réapparait dans le réel dans la psychose (par exemple par le délire).

Lacan préfère appeler ce que l'on nomme habituellement le contenu du délire, le dire psychotique (p.41). Cela permet de mettre en exergue l'importance du langage et du signifiant dans les phénomènes psychotiques.

Le rapport de la signification à la signification permet de distinguer la névrose et la psychose (p.44).

Lacan met en garde ses auditeurs : il ne faut pas confondre la projection dans la psychose et dans la névrose. Dans la psychose, la projection c'est ce qui fait revenir au dehors ce qui n'a pas pu être symbolisé. (p.58) Par conséquent, il préfère abandonner le terme pour la psychose.


Précisions sur le symbolique et l'imaginaire dans la psychose
Le père a une place centrale qui se diffuse en deux plans : un symbolique (nom du père) et un imaginaire. Si le père ne peut assumer le signifiant père au niveau du symbolique, il reste tout de même le plan imaginaire. La fonction paternelle se réduit alors à une image. Il n'y a que le rapport de dualité, d'aliénation, de capture imaginaire qui reste. L'exclusion réciproque de l'affrontement symbolique n'est pas possible. Qu'est-ce que cette exclusion réciproque ? Visiblement, sans elle, le rapport devient déshumanisé. Il ne permet pas de fonder son moi sur l'image de l'autre plus achevé. Le signifiant est anéanti.  (p.230-231)

Rapports interpersonnels :
Partant du postulat de la relation a – a', Lacan conseille de partir de l'idée que toute communication suppose des malentendus. (p.29)

Le rapport a – a' suppose que l'autre est moi. C'est dans cette relation que Lacan situe la dialectique du délire (p.51).

« Je reviens de chez le charcutier » (p.60) => Par cet exemple, Lacan montre que le psychanalyste ne doit pas se leurrer de ce qu'il pense comprendre, typiquement par cette réflexion que l'on se fait parfois en écoutant quelqu'un « je vois ce que tu veux dire ». Dans le cadre psychanalytique, cela irait dans le sens de la relation imaginaire ce qui ne ferait que nourrir la résistance du patient.
Dans cet exemple, il était plus précieux de comprendre pourquoi cette dame ne le dit pas clairement mais par allusion.

Il peut y avoir un acting-out chez le patient lorsque le psychanalyste instaure cette relation a – a'. Ex : lorsque le clinicien aborde ce qui se produit au niveau de la réalité et pas au niveau du registre symbolique.


Le narcissisme et a – a' : Etre captivé par l'image de l'autre suppose une relation narcissique. Le moi lui-même à l'intérieur du sujet est un autre, c'est la dualité interne au sujet lui même. « Le moi est ce maître que le sujet trouve dans un autre, et qui s'instaure dans sa fonction de maîtrise au cœur de lui-même » (p.107).

Le stade du miroir et a – a' : L'image totale de l'autre vient réparer l'immaturité fonctionnelle à la naissance. C'est pour cela que l'homme ne sera jamais uni, complet, car sa supposé totalité se base sur une illusion première. C'est en cela qu'il est aliéné. Le a – a ' est la relation spéculaire du stade du miroir.

Position du psychanalyste et a – a' : Le psychanalyse doit se positionner quelque part en A et pas en a. L'imaginaire fait obstacle au passage de la parole. Le psychanalyste doit autant que faire se peut se dégager de cette relation. Il ne doit pas s'identifier au sujet ou agir par empathie. Il doit être suffisamment « mort » (p.182) pour laisser l'occasion au sujet de bien dire. L'image du sujet doit migrer vers S, la chose à découvrir. Lacan précise que le psychanalyste est humain et que cette dimension imaginaire ne peut être totalement neutralisée...

Principe de réalité et a – a ' : C'est le moi qui atteste de la réalité puisque c'est lui qui a fonction de leurre. Il n'est pas objectif. A contrario, il nourrit l'illusion et celle-ci est fondamentalement narcissique. C'est le bricolage que la personne trouve pour s'aimer et se supporter.

Ethologie et a – a ' : La relation imaginaire s'illustre par le rapport entre animaux (capture de l'image dans la parade par exemple).

L'entre-je : C'est le petit autre en ce qu'il est le double du sujet à la fois son moi et pas son moi. (p .219).


Le président Schreber :
Son délire est une défense contre son homosexualité (signification symbolique de la fonction féminine). Cette signification qui concerne Schreber est rejetée. Mais elle est ressurgit et c'est là que se situent le délire et « l'invasion psychotique » (p.99). Lacan semble penser que cette signification rejetée a toujours un lien avec la bisexualité primitive.

Schreber n'est pas un poète selon Lacan : « La poésie est création d'un sujet assumant un nouvel ordre de relation symbolique au monde » (p.91)

Schreber est envahi par l'imaginaire. Le rapport à l'autre comme miroir est majeur. L'autre est anéanti pour que Schreber trouve son identité. (p.112). Le psychotique ne peut se reconstituer que dans « l'allusion imaginaire » (p.183). Mais il ne s'agit pas que de l'imaginaire dans la psychose mais aussi du rejet du signifiant primordial qu'est le nom du père.
  • « (...) le mécanisme imaginaire est ce qui donne sa forme à l'aliénation psychotique, mais non sa dynamique» (p.167). Schreber tente de compenser l'absence du signifiant fondamental. 
  • Pour comprendre cette fonction de l'imaginaire dans la psychose, Lacan étudie en parrallèle le cas Dora. Dora s'identifie à Monsieur K. Le signifiant « femme » pour Dora est énigmatique quant à sa signification. Elle cherche une tentative de réponse en s'identifiant à Monsieur K.


Schreber aime son délire comme il s'aime lui-même : il s'agit de la dimension narcissique dans la psychose mis en avant par Freud.


Langage, signifié et signifiant :
Le signifié n'est pas les objets ou les choses en tant que tels. C'est la signification, sachant que celle- ci renvoie toujours à une autre signification.

« (...) le sujet reçoit son message de l'autre sous une forme inversée » (p.47).

Le langage joue sur l'ambiguité. Les discours sont par conséquent le plus souvent « fictifs »(p.131). Cela rejoint l'idée du malentendu citée plus haut dans le rapport à l'autre.

Lacan distingue la parole pleine qui est une parole qui avoue et qui est engagée de la parole vide. 6
Il distingue alors deux formes de parole : 
  • Fides : C'est une parole fondatrice qui se donne. Ex : « tu es ma femme ». 
  • Envers de fides : C'est une parole menteuse qui ouvre la possibilité du leurre et de la feinte.


De S à A se trouve la parole vraie que doit révéler la psychanalyse. Mais il s'y trouve également une dérivation créée par l'imaginaire qui résiste à ce que cette parole bien-dite puisse émerger. (p.181)

Grand Autre : est reconnu mais pas connu. Une parole adressée au grand Autre va dans le sens du fides. Le grand Autre c'est l'autre en tant qu'il n'est pas un reflet (contrairement à a – a') (p.68) L'Autre relève du symbolique. Ca va au delà de ce que l'on voit, ça va au-delà de l'imaginaire.

Discours : se passe dans le temps = dimension diachronique. Le discours fait que c'est toujours discordant, on ne dit jamais tout à fait ce qu'on veut dire (p.176). 

Langue : suppose des groupes d'opposition structurés = dimension synchronique, simultanée.

Lacan appelle érotisation du signifiant le moment où le signifiant devient lourd de sens et de poids pour la personne.

Dans la parole :
  • Plan symbolique représenté par le signifiant. 
  • Plan imaginaire représenté par la signification. 
  • Plan réel représenté par le discours (cf.dimension diachronique).


Le signifiant ne signifie rien. « C'est l'accusé de réception qui est l'essentiel de la communication en tant qu'elle est, non pas significative, mais signifiante ». p.213 C'est pour cela que le signifiant ne relève pas de la signification. C'est pour cela qu'il peut donner plein de significations différentes.
  • Le signifiant : rapport d'opposition (comme le symbolique). 
  • La signification : elle peut joindre en elle même deux extrêmes.

Il faut distinguer signifiance et signification. Le signifiant est autonome car des lois lui sont propres (p.223) ; celles-ci ne dépendent pas de la subjectivité d'un tel ou d'un autre ? Le signifiant est indépendant du signifié.

Lorsque le sujet intègre le signifiant à son être, cela donne le surmoi (p.214).

La structure : C'est un ensemble cohérent et complémentaire. Ce n'est pas un ensemble totalitaire.

Le déjà-vu : Lacan explique le déjà-vu en disant que le sujet vit une situation avec une pleine signification symbolique qui renvoie à une autre situation symbolique qui a été oubliée.


La différence des sexes :
La dissymétrie des sexes se situe principalement sur le plan symbolique. La symbolisation du sexe féminin n'a pas le même accès que la symbolisation du sexe masculin. Lacan explique cela par le fait que la symbolisation du sexe féminin part d'une absence. L'imaginaire ne se nourrit que d'une absence là où il y a un symbole de taille chez l'homme. Du côté du féminin, le symbolique manque de matériel et il lui en faut un. Le trou du sexe féminin fait qu'il serait moins désirable que le sexe masculin qui est provoquant. (p.199)
Lacan ajoute que le chemin de la réalisation symbolique de la femme est du coup plus compliqué. (p.200). Par conséquent, cela force la femme à s'identifier au père. La prévalence de la forme imaginaire du phallus est l'élément symbolique central du complexe d'Oedipe (p.198). La femme serait obligé de prendre comme base de son identification l'image du sexe opposé.
Il y a une dissymétrie au niveau des signifiants et dans les deux cas cela fera passer la femme comme l'homme par la castration.

C'est en se situant sur le plan symbolique que la fonction de la femme ou de l'homme est assumée (et pas dans l'imaginaire). C'est grâce au signifiant qu'on reconnaît être ceci ou cela. « Le symbolique donne une forme dans laquelle s'insère le sujet au niveau de son être » p.202. Le plan symbolique permet d'expliquer et de se situer, et c'est ce qui le rend fondamental.
Ex : L'identification de Dora à Monsieur K. est une tentative imaginaire de comprendre ce que c'est qu'être une femme. Le pénis est l'instrument imaginaire par lequel elle tente d'appréhender le fait d'être une femme. (p.200)
En revanche, le signifiant n'explique pas pourquoi nous sommes vivants et pourquoi chaque être vivant meurt (questions de la naissance et de la mort). (p.202 et p.215).

Le complexe d'Oedipe :
Le complexe d'Oedipe a ceci d'aliénant qu'il fait désirer l'objet qui appartient déjà à quelqu'un.
C'est par la voie agressive (imaginaire) que s'ouvre le symbolique. Il y a un conflit imaginaire avec l'autre et cela ouvre la voie au symbolique (p.241).

vendredi 2 décembre 2016

La passion de l'ignorance ou le savoir inconscient


Ouverture du colloque
La passion de l'ignorance ou le savoir inconscient
Fairouz Nemraoui






Colloque de psychanalyse organisé par le RPH - Réseau pour la Psychanalyse à l'Hôpital. 
Le RPH organise deux colloques par an, un au printemps et l'autre en hiver. Ce colloque sur l'ignorance s'inscrit dans le cadre d'un triptyque organisé autour des trois passions de l'être dégagées par Jacques Lacan : la haine, l'ignorance et l'amour. 
Chacun de ces colloques donne l'occasion de publier une revue, nourrie également par d'autres articles de psychanalyse. 


samedi 26 novembre 2016





Cabinet de psychothérapie et de psychanalyse 
Fairouz Nemraoui 
39 rue de Verdun 
94220 Charenton-le-Pont 
Contactez le 06.35.47.81.36 pour prendre rendez-vous. 

Numéro ADELI : 929323301
Numéro SIRET : 81468036900026
Numéro SIREN : 814680369

Horaires d'ouverture du cabinet de consultations : 
⇘ Avec rendez-vous : 
Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 08h00 - 20h00 




Psychologue clinicienne et psychothérapeute, Fairouz Nemraoui a installé sa consultation à Charenton-le-Pont dans le Val-de-Marne. Elle y reçoit enfants, adolescents, adultes et couples du lundi au samedi. 
Diplômée d'un Master II en psychologie clinique et psychopathologie psychanalytique à Paris X, elle est également membre clinicienne du RPH (Réseau pour la Psychanalyse à l'Hôpital). 

Le RPH, école de psychanalyse, permet de se former pour devenir psychanalyste. L'école est destinée aux étudiants. Un dispositif de formation rigoureux (supervision individuelle, supervision de groupe, réunion clinique, séminaire, groupes d'étude, colloque, psychanalyse personnelle...) est ainsi proposé dés les années post-bac aux personnes désireuses de se former à la clinique psychanalytique. Pour plus d'informations concernant le RPH, rendez-vous sur notre site Internet. 




Quand prendre rendez-vous avec un psychologue - psychothérapeute - psychanalyste ? 
La décision de rencontrer un psychologue apparaît lorsque l'être est en souffrance et qu'il vit un mal-être dont il ne veut plus. Désireux d'avancer, de répondre aux questions qu'il se pose, de comprendre le sens de ce qu'il lui arrive, le patient s'engage alors dans un travail psychothérapeutique. 
Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises raisons d'aller voir un psychologue. Le seul motif est le mal-être et la souffrance. 

Quels troubles les psychanalystes soignent-ils ? 
En concordance avec la question précédente, il n'y a pas de trouble spécifique à avoir pour rencontrer un psychologue. Voici une liste, non exhaustive, de troubles qui peut amener l'être à rencontrer un professionnel. 

Les troubles anxieux : 
Angoisse, stress, peur, phobies, crise de panique, crise d'angoisse, névrose d'angoisse, trouble panique, traumatismes (agression etc.)... 

Les troubles relationnels : 
L'hypersensibilité, la susceptibilité, la timidité, la dépendance affective, l'angoisse d'abandon, la manipulation, la maltraitance, la passivité, l'agressivité. 
Les problèmes de couple qui sont divers ; jalousie, violences conjugales, divorce, infidélité, troubles de la sexualité, rupture amoureuse, disputes incessantes, célibat... 
Les troubles relationnels peuvent plus généralement concerner la famille. 
Ils prennent également place dans le monde du travail (burn-out, harcèlement, sur-sollicitations, épuisement, non reconnaissance...) ou à l'école pour les plus jeunes (phobie sociale, violence, troubles du comportement, isolement...). 


Les difficultés en rapport avec la parentalité : 
Difficultés à tomber enceinte, infertilité, stérilité, IVG, fausse couche, dépression post-partum, devenir père, devenir mère... 

Les conduites addictives : 
Toxicomanies (héroine, LSD, cocaine, MDMA, ecstasy...), alcoolisme, jeux à gratter, jeux vidéo, Internet... 

Les troubles de l'humeur : 
Dépression, manie, trouble maniaco-dépressif, deuil, mélancolie...

Les troubles des conduites alimentaires : 
Anorexie, boulimie, obésité, maigreur, hyperphagie... 

Les névroses : 
Névrose hystérique, névrose obsessionnelle (TOC), névrose phobique. 

Les psychoses : 
Schizophrénie, psychose paranoïaque, psychose maniaco-dépressive, hallucinations, délires, bouffée délirante aiguë, dissociation, psychose hallucinatoire chronique... 

Les troubles de la sexualité : 
Manque de libido, douleurs, vaginisme, troubles de l'érection, anorgasmie... 

Comme vous le voyez, les troubles sont nombreux. Cette liste est indicative. Quoiqu'il en soit, en cas de mal-être, de souffrance importante, peu importe leur type, contactez un psychothérapeute. Le principal est que l'être puisse avoir un lieu propre pour parler sa souffrance et dénouer les points qui le font souffrir. 


Qu'est-ce que la Consultation Publique de Psychanalyse (CPP) du Val de Marne ? 
La Consultation Publique de Psychanalyse accueille toute personne qui présente un mal-être et qui souhaite arrêter de souffrir. Le prix des séances dépend de la situation financière de chaque patient. Cela permet à chacun d'être soigné et d'avoir la possibilité de commencer une psychothérapie, sans que l'argent soit un frein. 

Il existe plusieurs CPP, notamment à Paris, dans les Hauts-de-Seine (à Nanterre sous la responsabilité de Ouarda Ferlicot), dans les Yvelines (à Saint Germain en Laye sous la responsabilité de Matthieu Julian), dans l'Essonne (à Courcouronnes, sous la responsabilité d'Alexis Pochez), dans le Val d'Oise (à Deuil-la-Barre, sous la responsabilité de Léa Lou Ramel). 

Fairouz Nemraoui est responsable de la CPP du Val de Marne. 

Le dispositif de la CPP a été inventé il y a une vingtaine d'années par Fernando de Amorim, psychanalyste parisien et président du RPH. Face au succès de ce dispositif, celui-ci s'est développé depuis et s'est étendu à l'Ile de France. 
Les CPP travaillent en partenariat avec les médecins, les professionnels de santé, les CMP... Ce dispositif permet de désengorger les institutions de soin qui sont débordées et dont la liste d'attente est parfois trop conséquente pour proposer des prises en charge de qualité. 

Le RPH, par son travail d'équipe (psychanalystes, psychothérapeutes, psychologues...) en réseau, permet de recevoir au plus vite les patients en souffrance. Il existe d'ailleurs un numéro d'appel d'urgence, 24h/24, 7j/7, qui permet aux patients d'être reçu au plus vite.



Sur le présent blog, vous trouverez différents articles sur des textes psychanalytiques majeurs.
Pour plus d'informations, rendez-vous sur www.fairouznemraoui.fr Sur ce dernier, vous trouverez différentes indications concernant les psychothérapies chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte. Par ailleurs, une Foire A Questions permet de répondre aux questions que les patients se posent le plus généralement : comment se passe la première séance chez le psychologue ? Quelle est la différence entre un psychologue et un psychiatre ? Quand commencer une psychothérapie ? Comment se déroule une psychanalyse ? Qu'est ce qu'un symptôme ? ... 

Pour prendre rendez-vous et rencontrer Madame Nemraoui, praticienne dans le Val de Marne (Charenton le Pont, Saint-Maurice, Saint-Mandé, Villeneuve Saint Georges, Maisons Alfort, Alfortville, Saint Maur des Fossés, Créteil, Vincennes...) contactez le 06.35.47.81.36 ou envoyez un message à l'adresse suivante : fairouz.nem@gmail.com 

jeudi 24 novembre 2016

Le transfert en psychanalyse

Les origines du mot « transfert » sont assez éclairantes quant à sa compréhension. C'est pour cette raison que l'historique suivant est proposé.


Historique :


Première fois en 1724 (Dictionnaire étymologique de la langue française, Bloch Wartburg).

Le mot « transfert » aurait emprunté du latin. « Transferer » : translation impliquant le mouvement → dynamique.

=> Cela fait écho à la façon de concevoir le transfert en psychanalyse. Il est un mouvement évoluant entre deux pôles : le pôle infantile et le pôle actuel. Il y a là un mouvement progrédient et un mouvement régrédien. Nous retrouvons l'idée d'une ocillation entre le présent et le passé.

A la fois, le transfert est dynamique par son ambivalence. Il est à la fois : 
  • Positif et négatif 
  • Résistance et source de levée du refoulement 
  • Régression et progression 

Il est un domaine où se vit d'une façon toute particulière le rôle du temps dans l'existence du sujet humain.
De même que le phénomène du transfert déborde le cadre de la psychanalyse, de même les origines du concept peuvent être décelées bien avant la date de son invention (1895).



En voici quelques traces :

→ Chez Mesmer. 1778 Les baquets : une force obscure d'origine animale est susceptible d'exercer une influence directe à partir d'un homme sur d'autres hommes.

→ Chez l'Abbé Faria. 1837 Il met en avant la subjectivité des phénomènes magnétiques (cause du somnambulisme dans le sujet lui même). Par ailleurs, il introduit le langage comme médiateur (endormait par la parole).

→ Chez Liebault : 1866 Il met en exergue la notion d'idée fixe : « son esprit s'en tient à l'idée qu'on lui suggère finalement ». Il y a là une opposition avec le principe de l'association libre. Il est remarquable que Freud dans les débuts cherchera lui aussi à fixer les idées et les représentations par l'imposition des mains. C'est l'échec de cette fixation qui le conduira sur la voie des associations libres.

→ Chez Chastenet de Puységur :1874 Il met en avant le concept de « consultation réciproque ». Il s'agit de la mise en présence de deux personnes pour qui la perception des organes intérieurs de l'autre n'a plus de secret.

→ Chez Freud :

Historiquement, la notion de transfert prend toute sa signification avec l'abandon par la psychanalyse de l'hypnose, de la suggestion et de la catharsis.

Le transfert apparaît en 1895 dans l'expérience de traitement d'une patiente par ce qu'elle appelait elle même la « talking cure ». Vous l'aurez reconnu, il s'agit d'Anna O traité par Breuer. Nous en retrouvons le récit dans les Etudes sur l'hystérie : « Après que le travail cathartique eut semblé terminé s'était tout à coup produit chez la jeune fille un état « d'amour de transfert » qu'il n'avait plus alors rapporté à sa maladie, ce qui fait que tout interdit il avait pris la fuite ».



Ma vie et la psychanalyse. 1925 C'est peu après que Freud fait lui même la première expérience du transfert qui est une des raisons de sa décision d'abandonner l'hypnose : « irrésistibilité personnelle et je pensais maintenant avoir saisi la nature de l'élément mystique agissant derrière l'hypnose. Afin de l'écarter ou du moins de l'isoler, je devais abandonner l'hypnose ».

Dés 1895, Freud donne les prémisses de ce qu'on appelle transfert et contre-transfert aujourd'hui : « l'ensemble des rapports personnels ». Côté patients, il parle de : “l’adhésion totale / confiance indispensable ».

Freud introduit alors les termes de « mésalliance », de « faux rapport ». Neyraut dans son œuvre met d'ailleurs en avant que le transfert est un quiproquo à contretemps. Son dépassement consiste à le renvoyer à qui de droit et à sa place.


Fragment d’une analyse d’hystérie 1905. C'est la première fois que Freud évoque le transfert si clairement.

Cette psychothérapie est un échec. Freud lui-même attribue cet échec à la méconnaissance du transfert, ou du moins à un traitement inadéquat du transfert. C'est seulement dans un moment réflexif après coup que les considérations théoriques le mettront en évidence. Ce fait à lui seul mérite réflexion.

→ Neyraut explique que l'essence même du transfert est que ses menées invisibles n'éclatent qu'en ses arrêts, ses achoppements, ses ancrages aveugles au réel.

Quelques citations de Freud pour illustrer le point précédent :

“le retard apporté à la guérison ou à l’amélioration n’est en réalité dû qu’à la personne du médecin”.

“avant que je reconnusse l’importance des tendances homosexuelles chez les névrosés, j’échouais souvent dans des traitements ou bien je tombais dans un désarroi complet”.

→ Lacan « la seule résistance est la résistance de l'analyste » c'est-à-dire son contre transfert. Ce sont les « préjugés » dont parle Freud. Il est clair que ces arrêts du transfert ne sont point le seul fait de Dora, mais aussi bien celui de Freud.


L'homme aux rats. 1909 « Comment pouvez vous supporter, Monsieur le Professeur, disait-il, de vous laisser injurier par le sale type que je suis ? »

La dynamique du transfert 1912. C'est le premier texte exclusivement réservé à la question.
Freud donne des conseils concernant l'attitude du médecin qui doit « demeurer impénétrable et, à la manière d'un miroir ne fait que refléter ce qu'on lui montre » (Conseils aux médecins).

Observations sur l'amour de transfert. 1915
Freud met en avant l'importance des affects dans l'expérience analytique.

Si transfert il y a c'est parce que le patient « transfère » malgré lui sur la personne du thérapeute, des représentations qui étaient déjà là, en lui, avant de connaître ce thérapeute. → Freud parle de « cliché », de « prédisposition naturelle » en lien avec l'enfance.

= Le psychothérapeute fonctionne donc comme un substitut, à la place d'un signifiant qui manque. Ce rapport actuel est donc prédéterminé par quelque chose d'autre que ce qui est en train de se jouer dans l'ici et le maintenant de la séance.



Parallèle avec le rêve : La représentation inconsciente ne peut, en tant que telle, pénétrer dans le préconscient que si elle s'allie à une représentation sans importance qui s'y trouvait déjà, à laquelle elle transfère son intensité et qui lui sert de couverture. Le masque est nécessaire pour que le désir inconscient puisse apparaître sous une forme déguisée. C'est là que réside tout le nœud du transfert.


Il n'y a pas d'intersubjectivité, pas de rapport direct du patient avec le psychanalyste, mais bien plutôt la mise en acte d'un mode de relation préalable à la relation psychothérapeutique elle même.

Lacan, Les écrits techniques de Freud



LACAN, LES ÉCRITS TECHNIQUES DE FREUD

Édition : Points



Fairouz Nemraoui


Point sur la psychanalyse et l'oeuvre de Freud :


         La pensée freudienne doit être remise en mouvement. Les travaux sont ouverts à la révision, à des remises en question.


         Lacan met en avant l'importance que Freud accordait à son « auto-analyse » pour pouvoir analyser les névrosés. "(...) on reconnaît ce fait que, dans l'analyse il n'y pas seulement le patient. On est deux - et pas que deux". P11


         Le point de visée de l'analyse serait la reconnaissance "Tu es ceci". Il s'agit d'un idéal qui n'est jamais vraiment atteint. "L'idéal de l'analyse n'est pas la maîtrise de soi complète, l'absence de passion" p.12.

         Les écrits techniques (1904-1919) de Freud représenteraient une étape intermédiaire, précédant l'élaboration de la théorie structurale (=théorie des instances ou théorie métapsychologique). Leur groupement se constitue en ce sens. Croire que l'unité proviendrait du fait que ces textes traitent de la technique serait une erreur.


         Lacan souligne le manque de consensus entre les différentes pratiques psychanalytiques sur ce qui est fait, ce qui est visé, ce qui est obtenu, et de façon générale concernant ce dont il s'agit. Il parle d'une "confusion la plus radicale" (p.22).


         La force de l'œuvre de Freud est de prendre le sujet dans sa singularité et de le réintégrer dans son histoire. Lacan fait une précision sur le terme d'histoire, et précise qu'il ne s'agit pas du passé en tant que tel, mais de l'historisation du passé par le sujet du présent, dans la manière dont la personne cherche à reconstruire son passé. La remémoration n'est donc pas le point important, c'est la reconstruction qui compte (p.27).

P.28 " ce dont il s'agit, c'est moins de se souvenir que de réécrire l'histoire".


Le moi et l'ego :


         Concernant le moi, Lacan explique que celui-ci se situe dans le sujet comme un symptôme. (P.31) Il y a une ambiguïté dans la conception que se font les analystes de l'égo en pensant que ce serait à quoi on aurait accès. Lacan le considère plutôt comme un acte manqué, un "achoppement" (p. 31).


         Lacan se pose la question suivante : est-ce que la résistance continue à avoir son sens en dehors de la psychanalyse? Chez Freud, et dès ses premières recherches, la notion de résistance est rattachée à celle d'égo. L'égo aurait chez Freud un rôle fonctionnel lié à des "nécessités techniques" (p.43).


         De même, le contre-transfert est le résultat de l'égo de l'analyste, ce qu'il nomme "la somme des préjugés de l'analyste" (p.41). Pour autant, il ne dit pas que l'analyste devrait ressentir aucun sentiment vis à vis de son patient, comme un robot. Là n'est pas le question. C'est plutôt de savoir ce que l'analyste en fait. Il doit ne pas y céder et "s'en servir adéquatement dans sa technique" (p. 56)


         Concernant l'interprétation, Lacan prend des distances et met en avant le fait que le sens ne doit pas être révélé au patient mais assumé par lui. C'est justement parce que le sujet refuse ce sens que l'assumer lui permet d'avancer dans sa cure. C'est notamment sur ce point précis que Lacan caractérise la psychanalyse comme une technique qui "respecte la personne humaine" (p.52). Ce point de vue vient aussi montrer qu'il est vain de vouloir forcer la résistance du sujet à tout prix.

Il montre également que la clairvoyance chez le patient suite à une interprétation du psychanalyste ne prouve en rien que cette intervention du clinicien fût efficace d'un point de vue proprement thérapeutique. L'interprétation reviendrait alors à un rapport d'égo à égo, c'est-à-dire que l'on ne peut pas distinguer ce mécanisme de celui de projection.


La résistance / Parole pleine et parole vide : 


         Lacan définit alors la résistance comme "cette inflexion que prend le discours à l'approche de ce noyau", entendu noyau pathogène. (P.62) C’est à l’approche de sa vérité que nait la résistance chez le sujet. Chez Freud déjà se dégage le fait que la résistance émane de ce qui est refoulé, de ce qui est à révéler. C'est dans le mouvement par lequel le sujet s'avoue, lâche prise qu'apparaît la résistance.

         Selon Lacan, c'est alors quand cette résistance devient trop forte que surgit le transfert (p.69). Il ajoute quelques pages plus loin, ce qui vient soutenir cette première proposition, "c'est dans la mesure où l'aveu de l'être n'arrive pas à son terme que la parole se porte tout entière sur le versant où elle s'accroche à l'autre" (p.80). Cela n'est pas étranger à l'essence de la parole qui est une médiation avec l'autre, une façon de s'y accrocher et d'être en lien avec l'autre.

Mais alors dans la cure, "si la parole fonctionne (...) comme médiation, c'est de ne pas s'être accomplie comme révélation" (p.81).

         La parole pleine est une parole qui fait acte en ce sens que le sujet est différent de ce qu'il était auparavant.

         C'est de cette manière qu'il introduit l'opposition entre parole pleine et parole vide. La parole pleine vient réaliser la vérité du sujet tandis que la parole vide fait écho à la présence du psychanalyste où le sujet se perd alors dans "le labyrinthe" de système culturel et dans les "machinations" du système du langage (p.83).

         Le phénomène de transfert serait le fond du mouvement de la résistance. C'est par cette conjonction que la parole deviendrait adressée au témoin qu'est le psychanalyste. C'est alors au moment du silence du patient, quand il s'interrompt qu'il approche le plus de la vérité. Selon Lacan, l'idée que l'analyste intervienne en disant "ne pensez-vous pas à quelque chose qui me concerne moi l'analyste ?" (P.88) n'est pas conseillée car cela vient cristalliser d'autant plus la tendance du patient à venir adresser son discours au clinicien.


         Plus le sujet s'affirme comme moi (du côté de la parole vide), plus il s'aliène. "Quel est donc celui qui, au-delà du moi, cherche à se faire reconnaître?" (P.85) L'égo serait donc une défense, un refus. Sa fonction fondamentale est la méconnaissance, le "je ne sais pas".

         Le moi serait un "maître d'erreurs, le siège des illusions, le lieu d'une passion qui lui est propre et va essentiellement à la méconnaissance" (p.104).

         Il y aurait un refoulement premier, primitif qui produirait une attraction pour tous les refoulements ultérieurs, comme un centre d'attraction (p.73). Il serait "le fond et le support" (p.74).


Le symbolique :


         Lacan distingue les différents niveaux du symbolique : symbolique en tant que tel, la possibilité symbolique, l'ouverture de l'homme aux symboles, sa cristallisation dans le discours en tant qu'il contient la contradiction.

Le réel serait ce qui échappe, ce qui résiste à la symbolisation.


         Toute l'expérience du bouquet dépend de la place de l'œil. Lacan définit alors l'œil comme symbole du sujet. Autrement dit, le rapport au monde, à l'imaginaire, et au réel dépend de la situation du sujet. Sachant que la situation du sujet dépend de sa place dans le monde symbolique, donc dans le monde de la parole.


Il distingue trois registres dans le langage :
  • L'énoncé : inclut la nature du sujet en fonction du style et de l'intonation.
  • L'appel : il s'agit du ton qui va venir définir différentes valeurs de l'énoncé.
  • La communication : prend en compte l'ensemble de la situation et ce dont il s'agit.

            La liaison symbolique est que socialement les êtres se définissent par l'intermédiaire de la loi. Par l'échange des symboles, chacun se situe par rapport aux autres. Ce rapport symbolique est complexe car différent selon les plans où les êtres se placent.

Le symbole permet d'introduire un tiers qui est un élément de médiation entre les êtres en présence (p.247).


Le stade du miroir :


         Dans les rapports aux objets existe un mode d'identification. L'anxiété en est le signal. Lacan entend l’anxiété comme une "tentation, vertige, perte du sujet" à un niveau primitif. (P.113).


         Le stade du miroir n'est pas simplement un stade du développement. Il a aussi une fonction essentielle de relations du sujet à son image. Le caractère optique a de ce fait toute son importance. Le fait même que l'enfant voit la forme totale de son corps permet une anticipation de la maîtrise sur celui-ci. Cette maîtrise imaginaire est prématurée par rapport à la maîtrise réelle du corps au vu de l'âge de l'enfant. "Le sujet anticipe sur l'achèvement de la maîtrise psychologique, et cette maîtrise donnera son style à tout exercice ultérieur de la maîtrise motrice effective" (p.128)


         Le stade du miroir, en tant qu'instant où le sujet se voit, se réfléchit, va alors déterminer de façon essentielle toute la vie fantasmatique du sujet. Au stade du miroir, nous retrouvons le sujet d'avant la naissance du moi et le surgissement de celui-ci.

            Lacan reprend Hegel et notamment l'idée que le désir de l'homme est le désir de l'autre. Le sujet repère son corps grâce à sa propre image (cf stade du miroir) mais aussi par l'intermédiaire du corps de l'autre. C'est là que s'ancre la conscience de soi. Il reconnaît dans le corps de l'autre son propre désir. Le sujet se reconnaît comme corps car il a assimilé le corps de l'autre.
 

         L'autre est captivant par le sujet du fait de son image unitaire, au même titre que l'image qu'il perçoit dans le miroir. L'autre, au cours de la vie, se confondra plus ou moins avec l'idéal du moi.

Un point essentiel du stade du miroir est son caractère exaltant. Lacan précise que finalement, l'important n'est pas son apparition à 6 mois mais son déclin à 18 mois.


L'imaginaire :


L'imaginaire chez le névrosé renvoie :
  • aux identifications formatrices et les rapports que le sujet entretient avec celles-ci
  • au rapport du sujet avec le réel dont la caractéristique est d'être illusoire. Le psychotique lui ne trouve pas de substitution imaginaire tout en perdant la réalisation du réel. (p 186)
            La dimension imaginaire, illusoire intervient de façon essentielle dans les comportements sexuels : leurs déplacements, leur déclenchement. Lacan s'appuie sur des exemples tirés des comportements animaux.


            Avant le langage, le désir n'existe que sur le plan de l'autre qui est aliénant. Il s'agit de la relation imaginaire du stade spéculaire. La seule issue n'est alors que la destruction de l'autre. C'est un désir de disparition de l'autre en tant qu'il supporte le désir du sujet. Dans cette relation il y a concurrence, rivalité absolue. Il s'agit de détruire celui qui est le siège de l'aliénation.

« Avant que le désir n'apprenne à se reconnaître – disons maintenant le mot – par le symbole, il n'est vu que dans l'autre ». (p.266).


            L'ego ne se confond pas avec le sujet. Le sujet est ce qui est en dehors de l'objet, du moi. (p.301).


Sentiment de soi :


Trois racines du sentiment de soi sont isolées par Freud :
  • la satisfaction narcissique primaire
  • le critère de réussite qui renvoie à la satisfaction du désir de toute puissance
  • la gratification reçue des objets d'amour.


L'amour :


            L'amour passionnel se passe au niveau de l'imaginaire et vient comme annuler la dimension symbolique (p.224). Il y a une perturbation de la fonction de l'idéal du moi car l'amour ouvre la porte à la perfection.

Un amoureux passionnel serait donc fou du fait de la captation narcissique. L'idéal du moi vient se situer dans le monde des objets comme moi idéal.

 « C'est ça l'amour. C'est son propre moi qu'on aime dans l'amour, son propre moi réalisé au niveau imaginaire ». (p.225) L'être aimé est « l'image de notre désir ».


            Lacan s'interroge sur les liens entre l'amour pour l'être aimé et l'amour dans le transfert.


            Il introduit également l’amour du point de vue du registre symbolique, qui est différent de l’amour passionnel qui se situe du côté de l’imaginaire.


Idéal du moi et moi idéal :

            L'idéal du moi représente l'autre comme être parlant, l'autre comme ayant une relation symbolique avec le sujet. Cet autre est à la fois semblable et différent de la libido imaginaire. Les échanges symboliques donc la parole lient les êtres.


            L'idéal du moi serait du côté du symbolique et le moi idéal du côté de l'imaginaire ?



Ignorance et méconnaissance :


→ Ignorance : il n'y a pas d'ignorance s'il n'y a pas de vérité à atteindre. (p.261) Quand il y a au cours d'une psychanalyse une recherche de la vérité, par associations libres, il y a alors de fait constitution de l'ignorance. « C'est nous qui créons cette situation, et donc cette ignorance-là » p.261.


→ La méconnaissance n'est pas l'ignorance. Quand il y a méconnaissance, il y a forcément une connaissance cachée derrière. (Ex : un délirant qui méconnait la mort de l'un de ses proches. Il connait qu'il y a quelque chose qu'il veut méconnaitre.) Dans l'ignorance, on parle de vérité ; dans la méconnaissance, on parle de connaissance. La connaissance est une fonction du moi, de l’égo qui croit savoir. 
→ Dans le rêve, la connaissance du corps est accru. Il est mieux senti, mieux perçu et donc mieux connu par le sujet. En revanche, à l'état de veille, le corps du sujet est renvoyé au corps de l'autre ce qui provoque de l'ignorance sur son propre corps. L'égo a un pouvoir de méconnaissance. (p.243)



Surmoi :


            L'inconscient et le surmoi sont des scissions induites par le système symbolique.

Cette scission pour le surmoi se réalise dans ses rapports avec la loi. De plus le monde symbolique auquel il fait référence n'est pas limité au sujet car la langue est commune à une certaine communauté à laquelle appartient le sujet. (p.305)

            Le surmoi a un rapport avec la loi tout en méconnaissant cette loi qui est une loi insensée. (p.164)